| « Le phénomène social n'est-il pas devenu trop complexe pour prétendre savoir qui mérite quoi? Avons-nous assez de valeurs communes pour organiser la communauté autour d'un principe aussi moral? » |
| «Maintenant on sait gérer les populations en grand nombre, mais attention car derrière ceci se cache le profil d’une société technocratique. Je pense qu’on y est, aujourd’hui on teste les enfants à l’école primaire. Ce qui le dérange dans ces tests, ce sont justement les tests. Il les trouve trop rudimentaires pour saisir la complexité de la société et des personnes. Trop rudimentaires aussi pour corriger seuls les inégalités de notre société. » |
| «Une des corrections pourrait être la discrimination positive, mais jusqu’où peut-on aller ? Prenez les internats d’exception, c’est bien, mais on le paie d’une intrusion dans les familles, c’est la pénétration du public dans le privé. Et gare à cet excès qui s’appelle la planification. » |
| "Certaines révolutions sont lentes et ne font pas couler de sang. Au cours des années 1920, la physique a connu une telle révolution, un bouleversement majeur et pacifique qui a concerné le seul monde des idées : les physiciens ont alors compris que les atomes, ces petits grains de matière qu'ils avaient découverts quelques années plus tôt, ne sont pas des objets ordinaires." |
| " Les jeunes, dans presque tous les pays développés, se destinent de moins en moins aux études scientifiques. Comment la science a-t-elle pu perdre aussi rapidement de ses attraits, de son prestige ? Le feu sacré nous aurait-il désertés ? La libido sciendi aurait-elle pris la tangente ? Ou bien serait-ce parce que la science, au lieu d'être présentée comme une authentique aventure intellectuelle, avec son histoire, ses héros, ses problèmes, ses méthodes, est enseignée comme un simple savoir-faire, une suite plate de résolutions d'exercices, une friche morte où pâturent des équations sans âme ? Le professeur que je suis s'inquiète" |
| "Nous feignons de ne plus aimer le progrès, nous pensons même parfois que c'est une idée morte, mais en réalité, nous tenons encore à lui, mais de façon négative : nous ne l'aimons plus qu'à l'aune de l'effroi que nous inspire l'idée qu'il puisse disparaître. Que resterait-il de notre confort si nous ne disposions plus de nos téléphones, de nos antibiotiques et de nos cartes de crédit ?" |
| "Nous avons une perception des risques qui est si subjective qu'elle est presque sans rapport avec la réalité. C'est ainsi que le risque associé au tabac est resté non perçu pendant des décennies. D'autres risques, objectivement moins importants, font la une des journaux. Il en va des risques comme des "people" : l'importance qu'on leur accorde n'est pas liée à leur valeur intrinsèque." |
| « La relation de pouvoir s’instaure entre quelqu’un (ou une instance) qui commande et quelqu’un qui obéit. Elle inclut donc nécessairement un élément de contrainte. L’autorité, quant à elle, n’appelle pas l’obéissance mais la reconnaissance. L’autorité, ce n’est pas « tout ce qui fait obéir les gens ». … Je parlerai, à propos de la relation d’autorité, d’une dissymétrie non hiérarchique : dans cette relation, chacun des deux termes reconnaît la légitimité et la justesse des positions respectives. » |
| « C’est la modernité en tant que telle qui est - par rapport à l’autorité traditionnelle - un concept de crise. Elle se caractérise non pas tant par le vide de sens (comme on le prétend trop souvent) mais par la pluralité des sens qui entrent en conflit les uns avec les autres. On peut penser que cette crise a pris aujourd’hui un caractère paroxystique à travers la remise en cause d’instances qui ne sont pas directement politiques (étatiques) mais « pré-politiques » : l’autorité familiale, judiciaire, éducative. » |
| « Le livre (de Myriam Revault d’Allonnes) ne dit pas très clairement à quel degré ce cauchemar néolibéral d’une transformation de l’homme en “entrepreneur” de lui-même est d’ores et déjà réalisé : n’y a-t-il pas des limites à l’expansion du néolibéralisme ainsi compris ? Enfin, on peut s’étonner qu’il survole une autre menace qui mine la démocratie : la montée d’un discours xénophobe, y compris parmi les élites. » |
| « Il existe chez certains posthumanistes une honte, voire une hargne, contre les hommes, regrette Jean-Michel Besnier. L'informaticien Jean-Michel Truong, par exemple, le dit clairement : après Auschwitz, il est impossible de vouloir un avenir humain. Etre technophile sur cette base est le pire des motifs. Cela revient à aspirer nous réduire nous-mêmes à des machines. » |
| " Nous voulons retrouver des pensées fortes qui ouvrent à un devoir être, les sciences ne parvenant plus à dire ce qui est. L’homme a besoin de repères, de retrouver des sources nouvelles de sens. " |
| « Les métaphysiciens de toujours souhaitent que l’Esprit triomphe de la Nature. Les visionnaires d’aujourd’hui, proclamant l’avènement du posthumain, annoncent la réalisation concrète de cette ambition. Grâce à son ingéniosité, l’homme n’aura bientôt plus le souci de naître : il s’autoproduira. Il ne connaîtra plus la maladie : des nanorobots le répareront en permanence. Il ne mourra plus, sauf à effacer volontairement le contenu téléchargé de sa conscience. » |
| Les réticences sont nombreuses et fondées à penser la morale en termes de valeurs. Ne perd-on pas le bénéfice de références stables, comme celles de bien ou de devoir, nécessaires pour toute décision sensée? En adoptant ce terme, ne glisse-t-on pas aussi dans l'univers mouvant et fluctuant de la Bourse, où le terme de valeur trouve en effet son terrain de naissance ? Or l'expérience montre à quel point l'univers des valeurs boursières fluctue sans cesse ; n'est-ce pas le signe qu'une valeur n'a que le prix qu'on veut bien lui accorder, celui que marchés, investisseurs ou clients lui concèdent de manière transitoire ? |